Sonic La Cigale

Si vous avez lu Tuxedo La Chenille, vous avez une petite idée de la direction que va prendre cette histoire... À la demande de mon fils, je vous offre : Sonic La Cigale. 


Voici Sonic. 



Comme une fille qui s'appelle Maxime, Sonic a un nom androgyne. Notre Blue Russian est belle, sauvage et soyeuse comme un lapin en plumes. Oui, oui. Mon fils et moi avons convenu du degré de douceur suprême : laplume (lapin en plumes). Bref, c'est doux en chien. 

Tux vient de la campagne de Sorel. Sonic est une fille de Montréal-Nord. Comme ma Ninjamie, Isabelle. C'est par sa faute, à Ninjabelle, qu'on a adopté un chat de trop. Isa m'a texté une photo de bébé Sonic avec ce message : Tu veux pas un autre chat? Ah, le coup bas... Mon fils, assis à mes côtés, a fait "OUIIII". Mon coeur aussi. Alors, on a adopté un chaton gris, au grand désespoir de notre vieux matou noir et blanc. 

Sonic s'est, dès le départ, montrée beaucoup plus indépendante que son frère. C'était une petite poulette sensible, intelligente, méfiante et délicate. Très délicate. Alors que Tuxedo, lui, donnait davantage dans le gros patapouf maladroit. Puisque j'avais déjà un petit clown nono, je n'ai pas eu besoin d'éduquer mon laplume éveillé; le p'tit clown nono s'est occupé de l'éducation. 

1. Devant la porte sans miauler, tu t'assoiras pour demander de sortir dehors. 
2. Faire ta toilette au sortir d'une commission, là, dans la litière, tu feras. 
3. Rentrer à la maison quand l'humain nous siffle, tu feras immédiatement.  
4. Énerver l'humain, mais pas le petit humain, pour être nourris, tu m'aideras à faire.  
5. La paix, tu me ficheras.  

Et, bien sûr, Tux a appris à sa soeur à faire des offrandes à la divinité de la maison. C'est-à-dire à moi, l'humain alpha. 

Sauf que Sonic ne fait pas dans la dentelle comme Tuxedo. Elle n'allait donc pas m'offir une chenille ou une coccinelle, elle. Très franchement, je m'attendais à un oiseau mort, un écureuil évicéré ou un gros rat d'égoûts. Surtout que le boulevard Pie IX était à l'époque en construction (ça demeure probablement d'actualité), et toutes les créatures sortaient des vicères de la ville de Montréal. Toutes, sauf les Tortues Ninja (dommage). 

Mon petit appartement, ma poulette grise en a fait le tour en un claquement de griffes : il n'y avait pas de bibitte à part des araignées de jardin de temps en temps. La cohabitation avec ces affaires-là est acceptée chez moi, quoique le meurtre est fortement encouragé. 

Bien que restreinte à l'intérieur, Sonic a par contre à sa disposition une belle grande ruelle "verte" sécuritaire, interdite aux voitures. Dans ma ruelle, il y a : quelques enfants, des chiens en laisse, beaucoup d'écureuils, de chats, des ratons-laveurs et parfois même des renards ou des oiseaux de proie. Nous habitons, mon fils et moi, près du Jardin botanique. Puis, il y a surtout le cabanon du voisin d'en arrière, où Tux aime se planquer. Aucune idée pourquoi. Bref, il y a de tout derrière chez moi, même des niches et des "restaurants" pour chats. Pourquoi? Parce que je vis dans un mautadine de quartier de Crazy Cat Ladies luzernes, amies des plantes. 

Ajoutez ma tendance à laisser portes et fenêtres toujours ouvertes en été à l'accessibilité de la faune et la flore rosemontoise... La table est mise pour des offrandes félines originales. Je vous rassure sur le potentiel de vermine, Sonic est restée dans la même veine que sa fratrie (mon fils inclus) : les fabuleux insectes. 

Normalement, je surveille Thomas et les chats en faisant la bouffe depuis le perchoir de ma cuisine, qui donne sur la ruelle en haut d'un escalier en colimaçon. La fois de l'offrande, je n'avais pas gagné la bataille avec les écrans, or mon fils écoutait sagement un épisode de je-sais-pas-quoi pendant que je préparais le souper en surveillant uniquement les chats. Quand, tout à coup, je repère Sonic. 

Elle acoure avec un gros machin-chouette dans la gueule. Elle passe sous la clôture de la cour arrière, puis à travers les mille et unes merveilles de la reproduction du Jardin botanique de ma propriétaire. Elle grimpe l'escalier par quatre, le visage à demi camouflé par un gros truc de couleur foncé avec des fichues longues ailes. 

Le chat entre dans la cuisine, cet air triomphant qu'on leur connaît, et dépose à mes pieds : une énorme cigale morte, les ailes entièrement déployées. Comme l'aurait si bien dit mon fils devant une assiette de tofu : ouache. 






Je vais vous wikipédier ça, une cigale : "Les cigales sont de couleur générale brune, leur corps est long de 5 à 9 centimètres. (...) Elles disposent de quatre longues ailes transparentes avec des traits ou des points noirs selon les espècesLa première apparition de la cigale remonte à 264 millions d’années." Bref, un véritable dinosaure dans la gueule d'un chaton d'à peine15-20 cm de long, plumes incluses. 

Habituée à un chien qui me faisait le même genre de coups, je pogne la bibitte et je la lance par dessus le balcon après un rapide "aw, merci, Sonic" bourré de saracasme. Vous savez ce qu'elle a fait, la dite Sonic? Elle est "allée chercher" la cigale, comme un cabot qui rapporte. Trois fois. 

Après cette première offrande, il y a eu d'autres démonstrations d'affection occasionnelles. Si bien que je n'ai plus jamais enfilé mes chaussures sans vérifier d'abord ce qu'il y avait dedans. Le plus souvent, c'était ça : une cigale. C'est correct, ses mausus de cigales... du moment où elle ne dépose pas ses cadeaux sur mon oreiller, comme son frère. Au moins, il ne lui a pas montré ça, fiou. 

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